La toponymie amazighe de la Tunisie

Restaurant Le Berbère à Djerba Photographie Stéphane Arrami D.R.

Les travaux d’Evelyne BEN JAAFAR sur les Noms de lieux en Tunisie parus en 1985 nous éclairent sur les toponymes anciens libyco-berbères qui sont d’après elle le substrat de toutes les régions de Tunisie. Ses analyses associent étroitement l’archéologie, l’histoire et la linguistique. La présence de noms de lieux en tamazight est attestée sur l’ensemble du territoire tunisien non seulement « dans les zones où la pénétration romaine a été plus tradive et superficielle ».

Selon ses recherches le terme Libyen semble avoir été le terme local par lequel s’identifiaient elles-mêmes les populations dans l’Antiquité en Tunisie, en témoigne la mention fréquente du terme « LBY » ou « LBM » sur les stèles à épigraphie punique.

Il semble probale que du terme amazigh libyque « IFRI » (la grotte) se soit formé le nom de la tribu des FRINI IFREN dans le bassin de Carthage.

Les premières inscriptions libyques ont peu apporté à la typonomie et sont apparues tardivement vers le 1er siècle avant J.-C. à Dougga, Ghardimmaou, Makhtar, Tborsoq et dans le Sud.

Sur le littoral des noms de lieux ont une étymologie grecque telle Néapolis qui deviendra Nabeul. Apsis traduite par les romains Clupea deviendra Qlibya ou Kelibia. Ces deux cités ont été fondées par les Grecs de Sicile au Ve siècle av. J.-C..

La romanisation s’est moulée dans les cadres existants. Les créations du 2ème siècle que sont Sufutela (Sbeîtla) et Ammaedra (Hidra) empruntent leur appellation au fond africain. Ad Medara juxtapose la préposition ad qui se retouve en tamazight (par ici)  et en latin ‘vers’) ) à la racine MDR tadart, la parcelle de terre.

Cet autre village amazigh du Sahel Hergla qui servait autrefois d’entrepôt pour les grains, s’appelait Tamalla la ville blanche.

La quasi totalité des noms de villes et villages en Tunisie ont gardé une racine berbère du nord au sud, d’est en ouest. C’est le cas d’Adar au Cap Bon, Henshir Bed (Tamda : le réservoir , le puit en tamazight). Deux villes portent le noms de BEJA qui en tamazight L’BJW signifie la resplendissante, la luxuriante. C’est aussi un prénom féminin berbère.

Nous remarquons aussi que de nombreux lieux en Numidie portent le nom de Ténès (Tunis – Thinissut)*. Que Tunis soit beaucoup plus ancienne que la colonisation phénicienne, on peut le croire mais on ne peut en apporter la preuve. Le fait est que ce toponyme est présent dans d’autres régions de la Tamazgha l’Amazighie, y compris dans l’Ahaggar (Hoggar) où « TNS » signifie « campement, lieu de halte ».

Les travaux d’Evelyne BEN JAAFAR indiquement clairement que le superstrat topnymique arabe ne s’est surimposé que très lentement. « Les noms de lieux qui apparaissent chez les historiens du Xe et XIème sicècle El Yaaqoubi, Ibn Hwaqal, El Bakri sont pour la plupart ceux du Bas Empire romain. Il n’y a eu, de la part des nouveaux arrivants ni volonté systématique, ni possibilité d’imposer la langue arabe. L’arabisation de l’administration et de la monnaie ne se sont réalisées que plus de cent ans après les débuts de la conquête. En outre, l’arabisation a d’abord été un phénomène urbain…

« Le rôle direct de la colonisation sur la toponymie a été peu importante dans la mesure où la Tunisie, dès le départ a été conçue comme une colonie d’exploitation et non de peuplement. A l’Indépendance l’essentiel de la toponymie tunisienne est en place ».

Au lieu d’arabiser les noms de villes et de villages, l’administration bourguibienne à la recherche d’une authenticité tunisienne puisera dans les traditions locales et communautaires. C’est l’époque où le passé punique et amazigh est mis à contribution. « Les noms de complexes hôteliers font sortir des livres d’Histoire, Amicalcar, Jugurtja, tandis que les nouveaux secteurs de 1966 officialisent Haïdra, Telpete, Utique, Chemtou, Bulla Regia souvent oubliées par les populations locales.

L’instauration de panneaux de signalisation en caractères tifinaghs à l’entrée de chaque ville et village pourrait être l’une des premières revendications abouties, facile à mettre en place par les Amazighs tunisiens.

Stéphane ARRAMI – Conférence Les Printemps des Peuples de l’Amazighie Roubaix mai 2011

Bibliographie :

Evelyne Ben Jaafar, agrégé de l’université, Les Noms de lieux en Tunisie Racines Vivantes de l’identité nationale 1985 Coll. Cahier du Ceres Tunis 259 p. Université de Tunis Centre d’Etudes et de Recherches Economiques et Sociales

« Tunis L’Histoire d’une ville » Ed. L’Harmattan 1998 p.54

Lalies 16 Actes des sessions de linguistique et de littéarature Carthage, 21 août – 2 septembre 1995 – Ecole Normale Supérieure Du berbère au libyque : une remontée difficile Lionel GALAND

Histoire des Hautes Steppes Antiquité Moyen Age – actes du Colloque de Sbetla Sesions 1998 et 1999 Textes réunis par Fathi BEJAOUI République tunisienne Ministère de la Culture – Institut National du Patrimoine

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